2022, Installation multi-média, 1 film 16 mm, 3 vidéos, 3 photographies, documents historiques et archives.
Entre fin juin et mi-juillet 1831, l’activité volcanique sous-marine fait naître une nouvelle île en Méditerranée, dans le canal de Sicile, en face de la Tunisie. Alors que les marins et les habitants des côtes voisines craignent le réveil d’un monstre marin, le nouveau territoire éveille la curiosité des scientifiques et la convoitise des puissances européennes en pleine expansion coloniale.
En quelques semaines, l’île est notamment revendiquée pour sa position stratégique par la Grande-Bretagne, la France et le Royaume des Deux‑Siciles. Cette compétition des nations est toutefois de courte durée : six mois à peine après son apparition, l’île nouvellement formée sombre sous les vagues de la Méditerranée. Ses noms multiples restent consignés dans les archives européennes : « Ferdinandea » pour le Royaume des Deux-Siciles, en l’honneur du roi Ferdinand II de Bourbon, « Julia » pour les Français en référence à la monarchie de Juillet, « Graham » pour les Anglais, d’après Sir James Graham, premier seigneur de l’amirauté, et « Nerita » pour les populations locales. Sommeillant aujourd’hui à quelques six mètres de profondeur, le rocher basaltique est surveillé de près par les sismologues ; une nouvelle éruption pourrait-elle, d’un moment a l’autre, le faire resurgir et susciter à nouveau manoeuvres géopolitiques, logiques d’exploitation et d’exclusion de puissances impérialistes ?
Pour Clément Cogitore, cet épisode historique et géologique est le point de départ d’un récit expérimental et mouvant. À travers des films, vidéos et photographies, l’artiste spécule sur l’émergence, la chute et la possible réémergence du volcan. Entre documentaire et fiction, son intuition métaphorique orchestre prémonitions, croyances populaires, documents d’archives, relevés scientifiques et cartographiques.
« Ferdinandea » devient alors le miroir de différents rapports au monde et de futurs possibles : une utopie/dystopie immergée, un lieu de tous les possibles à partir duquel l’artiste invite à repenser l’espace de la « mer du milieu ».
Kathryn Weir, Hélia Paukner et Enguerrand Lascols, commissaires de l’exposition au Mucem
Les différentes itérations du projet ont été présentées dans le cadre de deux expositions au Museo Madre (Naples, 2022) et au Mucem (Marseille, 2025). Elles ont été accompagnées de plusieurs publications : un ouvrage co-édité par le Museo Madre et les éditions Arte’m (Ferdinandea, 2022) ; un catalogue d’exposition enrichi et accompagné d'un texte de fiction de Tristan Garcia, co-édité par le Mucem et l’Atelier EXB (Ferdinandea, l'île éphémère, 2025) ; et un essai philosophique de Federico Leoni publié aux éditions Castelvecchi (L’Isola Sotto il Mare, 2026).